Bookfest 2012: Une histoire française

Dégustation de vins autour d’un livre: Dictionnaire amoureux du Vin

Bernard Pivot est venu pour la première fois à Bucarest mais son premier voyage en Roumanie a été à Iasi où il est allé rencontrer des roumains francophones pour son émission Double Je. Cette année dans la capitale roumaine, invité d’honneur de l’Institut Français de Bucarest à l’occasion de la foire du livre Bookfest, Bernard Pivot a lancé son livre : Dictionnaire amoureux du Vin.

Voici les mots de l’auteur à propos de l’ouvrage: „Je n’évoque dans ce Dictionnaire amoureux du vin que ce que je connais, j’aime et me passionne. Il y a de l’autobiographie, des lectures, des souvenirs de cuvage, de cave, de table… Voici cependant l’essentiel : le vin, c’est de la culture. La culture de la vigne, mais aussi de la culture pour l’esprit. C’est cette dimension culturelle d’un produit universel de consommation que ce livre a l’ambition de rappeler, dans un temps où le vin n’est pas bien considéré.
Peut-être s’étonnera-t-on que je parle souvent avec légèreté et amusement d’un sujet qui humecte notre bouche et notre âme ? C’est ma manière de le prendre au sérieux. J’ai le vin gai. Pourquoi mon encre serait-elle acide, revêche ou épaisse ? Il existe une expression qui traduit bien le rôle social du vin dans notre pays : « vin d’honneur ». Ce Dictionnaire amoureux voudrait être un joyeux vin d’honneur. ” B.P.

En effet comme le dit très bien son auteur „Le vin ce n’est pas de la petite bière”, il a une importance capitale dans l’histoire de l’humanité à partir de la bible et ses références dans la mythologie: „le vin est le seul breuvage qui ait un dieu: Bacchus”, jusqu’à la référence aux grands écrivains français qui ont partagé la passion pour le vin et sa fabrication: Montesquieu, Lamartine…

La France a été invitée d’honneur de Bookfest cette année en préface à l’invitation que la Roumanie a reçue pour 2013 au Salon du livre de Paris. A l’occasion de cet évènement Bernard Pivot à été invité à une dégustation de vins en compagnie de Mircea Dinescu. C’était l’occasion de discuter du Dictionnaire amoureux du vin mais aussi de l’expérience des deux interlocuteurs dans ce domaine. Né à Lyon, Bernard Pivot a été très jeune attiré par les vins. Il se souvient du temps où il a eu le plaisir de découvrir de près l’activité des vignerons qu’il respecte énormément. La passion pour les vins ne l’a jamais quitté puisque le vin a toujours été la boisson de prédilection des écrivains. L’écriture et cette boisson des dieux telle qu’il l’a décrite, sont indissociables.

„Le vin en France est assimilé à n’importe quel alcool alors que je pense que les vignerons méritent tout le respect parce que le vin appartient à notre civilisation, à l’histoire de l’humanité. Le vin est cité 440 fois dans la bible, il est présent dans les évangiles, il est essentiel dans la compréhension de la religion chrétienne. Il est inhérent à toute l’histoire de l’humanité et est partie prenante de toute la culture: littérature, musique etc.”

Le vin proposé aux invités francophones du salon du livre lors de cette rencontre a été la gamme « Crai Nou »  offerte par les domaines Franco-Roumains dont le représentant a été monsieur Denis Thomas, propriétaire de vignes en Bourgogne. Les Domaines Franco-Roumains produisent une série très diverse de vins : Fetească Neagră, Merlot, Pinot Noir, Chardonnay, Fetească Albă, Riesling et Tămâioasă Românească que les invités de l’Institut Français ont pu déguster.

Mircea Dinescu a remarqué au début de la rencontre avec Bernard Pivot qu’il était jeune poète lorsqu’il regardait les émissions de son interlocuteur à la télévision française. „C’est un miracle de me trouver assis à coté de Bernard Pivot aujourd’hui en Roumanie”. Mircea Dinescu a comparé le succès de l’émission culturelle de Bernard Pivot au succès d’un commentateur de football. Inspirée ou pas, la comparaison a fait tressaillir quelques cœurs craignant que le distingué invité ne le prenne pas mal. Heureusement la remarque à coulé parmi d’autres commentaires du même genre que Bernard Pivot a diplomatiquement laissé passer sans prendre offense.

Mircea Dinescu a aussi reconnu ne pas avoir lu le livre de son interlocuteur à cause de la barrière linguistique mais qu’il considère que le volume devrait être traduit au plus tôt. Convaincu par son futur succès roumain, Mircea Dinescu s’est engagé à organiser des lancements de la traduction de ce livre dans tout le pays.

Un autre sujet abordé, lancé par la modératrice de la rencontre, a été la rencontre de Pivot avec Charles Bukowski dans l’émission „Apostrophes” en 1978 dont la présentation a été très directe en mettant sur table toutes les accusations des rivaux de l’invité mais aussi les éloges de ses confrères écrivains français. La question est née à partir de la bouteille de vin qui se trouvait sur la table de l’émission. Bernard Pivot a raconté brièvement comment après avoir bu beaucoup de vin pendant l’émission, Charles Bukowski s’est, a un moment donné, précipité à quitter le studio ou se filmait l’émission au milieu du direct. Cette émission était monumentale non seulement par la qualité des invités que par celle du réalisateur mais aussi par les sujets abordés. L’émission avec Bukowski passe souvent à la télévision française en rétrospective. On voit un Bukowski qui fume sans cesse, une bouteille de vin achevée ainsi qu’une confrontation de façon de voir les choses entre les invités de Bernard Pivot et l’inimitable rebelle de l’écriture américaine Charles Bukowski. Une scène marquante a été celle dans laquelle Bernard Pivot explique à ses invités que Charles Bukowski avait apporté lui-même les bouteilles de vin qu’il avait consommées.

A la fin de la dégustation, Bernard Pivot a lancé un défi à Mircea Dinescu. La dernière bouteille à déguster était un vin blanc de dessert nommé Tămâioasă Românească que Mircea Dinescu était prié de décrire du point de vue du poète. Après avoir remarqué que les roumains boivent en général le même vin du début jusqu’à la fin du repas en ne respectant pas le rituel de chaque vin avec son plat, -affirmation d’ailleurs très discutable-, Mircea Dinescu, présenté par la modératrice comme poète avant tout, a évité la réponse lyrique à laquelle on s’attendait.

Il faut croire que les vins dégustés ne l’ont pas suffisamment inspiré pour nous faire plaisir…

P.S. Le trésor caché des apparences

L’arrivée du célèbre Pivot du journalisme culturel français a Bookfest, a presque laissé passer inaperçue la présence d’un autre personnage très important de la culture contemporaine de l’hexagone : l’écrivain Dominique Fernandez, membre des immortels de l’Académie Française depuis 2007, normalien, agrégé en italien et docteur en lettres mais aussi lauréat du prix Médicis en 1974 ainsi que lauréat du prix Goncourt en 1982. Connu en France surtout pour ses récits de voyage dediés a l’Italie, l’Inde, la Bolivie, la Russie ou la Roumanie, mais aussi pour ses romans, Dominique Fernandez a dédié il y a quelques années un livre à Ramon Fernandez, son père, en tachant d’élucider pour lui-même mais aussi pour le grand public lettré le mystère de ses options politiques pour lesquelles il a été blâmé mais dont il n’a jamais eu l’occasion de se défendre publiquement. « Aujourd’hui (5 avril 2006), j’ai soixante-seize (ans). L’âge d’être le père de mon père. Figli(o) del tuo figlio… L’âge pour essayer de comprendre pourquoi un esprit si profond, le critique littéraire le plus admiré de son époque, a sombré dans l’infamie d’une action politique qui a entrainé son œuvre dans un discrédit dont elle ne s’est pas encore relevée » (Ramon, Grasset, 2008).

Hommage, déclaration d’un amour inavoué ou archéologie littéraire et intellectuelle, le volume Ramon  est sans doute un témoignage de cœur d’un enfant arrivé à l’âge adulte, l’âge ou l’expérience de vie ainsi que l’éducation académique lui permettent de réévaluer ce que le temps a inexorablement occulté dans sa pénombre.

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