Culture et la nouvelle vague uniformisante

J’ai connu des personnes qui ne sont plus de ce monde. D’une autre génération que la mienne, faisant partie de la génération qui a connu des courants politiques diverses, ils ont survécu la seconde Guerre Mondiale, la monarchie roumaine et ont survécu aussi les atrocités du totalitarisme, ils ont été formes dans des écoles et éduqués dans des familles qui ont exige l’excellence ou au moins ont prêché la culture générale au sein de leur famille. L’engrenage socioculturel de leur époque, exigeait un certain niveau intellectuel. Leur présence dans ma vie m’a ouvert les yeux sur ce qui concerne le niveau que je désire atteindre. Leur présence dans la société a été une exception, a la « règle » imposée par le grand nombre, mais elle a permis a un nombre assez important de personnes de vouloir s’élever au-delà du niveau moyen et de partir a la quête de l’excellence, sinon au moins d’atteindre un niveau au-delà de la banalité. Nos grand parents, l’entourage de nos grand parents, une partie de l’entourage de nos parents (par héritage sentimental, disons) a permis aux jeunes élevés dans l’esprit du souvenir de leurs ancêtres et implicitement de leurs grand parents a chercher l’élévation vers un niveau hiérarchique culturel plus haut de la moyenne et du « trend ». Ils représentent, nous représentons (pour mieux dire) un contre courant a la mode actuelle, égalisatrice, réductrice, « moyennante ».
L’époque passée a cherché à donner une culture générale a ceux qui se permettaient financièrement d’aller a l’école. Une solution abordée fut celle de l’école privée mais aussi les cours avec des tuteurs qui venaient à la maison. La culture générale voulait dire : avoir des connaissances dans des nombreux domaines sans exiger l’excellence a tous les niveaux. Tout simplement se former en vue de pouvoir soutenir une conversation sur des thèmes vastes d’intérêt sans être réduit au silence. De nos jours, la culture générale est réduite au niveau de la professionnalisation en essayant de participer à l’économie de marche par la simple expertise dans un domaine donne en faisant abstraction de la nécessité individuelle à la connaissance plus vaste. Ce qui en somme a réduit les individus de ma génération a la banalité de la connaissance de la culture (au sens large du terme). L’époque de la vitesse a ainsi introduit des formes de culture ou de contre-culture (assimilées a la culture finalement) qui simplifient les activités culturelles en les réduisant a des activités de robots : ici on peut citer les jeux informatises, les bandes dessinées (comme le suggère Pierre Bourdieu) mais aussi la musique techno, la house, etc. J’ai personnellement, la sensation d’être hypnotisée par cette musique qui me rend un peu plus bête que « légal ».

Peut-on atteindre une certaine uniformité du niveau culturel ?

Supposons que cela soit possible, il n’est envisageable si et seulement si on atteint un niveau largement moyen oriente vers le bas. Ceci n’est pas désirable. Actuellement il nous semble impossible d’ailleurs car les différences sociales marquent aussi profondément la culture. La culture prend désormais un sens très large en s’appropriant toute activité artistique. L’art en soi prend un sens très large. En dépit des conceptualisations réductrices, le monde contemporain lance des défis à ce que nous entendions par culture dans le passé. Nous assistons à une guerre de survie de la culture traditionnelle contre la culture moderne fondée sur la vitesse, l’abstrait mené a l’exagération et a l’interprétable.
Pierre Bourdieu explique que le rôle des intellectuels est d’autant plus important en ce moment « parce que l’absence de théorie, d’analyse théorique de la réalité, que couvre le langage d’appareil, enfante des monstres ». Il est donc évident que les luttes que doivent porter les intellectuels, les défis à soulever ont change, comme le montre aussi Zygmunt Bauman. Cela ne rend pas le travail des intellectuels inutile. Tout au contraire, l’intellectuel doit s’adapter aux nouveaux défis pour mettre en place une théorie qui expliquerait les mutations sociales et culturelles et trouver de potentielles solutions aux changements en cours et bien évidemment, aux nouveaux dangers : « Nous avons donc besoin d’intellectuels pour nous faire prendre conscience de la réalité de certains dangers invisibles à l’oeil nu, mais aussi pour nous mettre en garde contre les menaces imaginaires inventées à des fins politiques ou commerciales.» Eviter l’évitable et prévenir le possible inévitable.

Les sociologues de tradition ancienne préviennent les générations qui leurs suivent que le réductionnisme culturel a un « laisser faire, laisser aller » n’est pas profitable voire dangereux.

Un premier résultat des mécanismes de la société actuelle est la réduction de l’élite intellectuelle à un nombre facilement à ignorer. Seulement ceux qui se dédient à la lecture supplémentaire ou ont la possibilité d’étudier dans le système de l’enseignement supérieur (dans certains domaines) peuvent rentrer en contact avec la pensée du petit nombre d’intellectuels. Ce petit nombre est accessible surtout dans le cas des intellectuels et penseurs classiques à défaut des intellectuels encore en vie.
On en vient au problème de la valorisation des intellectuels qui ont encore le pouvoir de changer quelque chose dans le monde des idées et marquer le présent par des ouvrages récents en rapport à la réalité.
Un second phénomène, produit de la société actuelle, c’est l’importance qu’on accorde aux phénomènes sociaux de masse en défavorisant les élites culturelles.
Mon contre argument pour ceux qui plaident pour l’uniformisation et par extension aux phénomènes globalisants est le suivant : les masses ne doivent pas être dénigrées comme on a souvent la tendance a le faire, car le pouvoir des masses a toujours été important et a servi, dans un grand nombre de cas, à favoriser l’instauration d’une meilleure qualité de la vie. On peut citer le cas des révolutions anti-communistes de 1989 et durant le début des années 1990 en Europe de l’Est, ou encore les manifestations d’un grand nombre de la population en vue de l’obtention d’une meilleure qualité de vie, conditions de travail, reformes de toute sorte en Europe Occidentales, notamment en France. Ces manifestations attiraient l’attention des élus qui n’ont pas servi à leur mission primaire pour laquelle ils avaient été élus en premier lieu. En somme, les masses permettent plus facilement de mettre en cause certains changements et dérapages de la politique. Ce qui va en leur défaveur c’est que les résultats de telles actions semblent avoir un effet local sans pour autant se répandre afin de faire bénéficier a un nombre plus large de personnes. Par exemple si on prend une grève. Cette grève est locale, elle peut s’étendre a plusieurs villes mais sans pour autant se généraliser et avoir de l’effet au niveau de l’Union Européenne. Donc, l’acquis, comme résultat de la grève, peut dans le plus optimiste des cas affecter la politique nationale. Tandis que l’effet de l’étude de l’œuvre intellectuelle d’un des membres de l’élite intellectuelle peut avoir une influence spatio-temporelle, sur le mode de penser, non seulement de plusieurs générations (coté temporel) mais aussi de plusieurs pays (coté spatial).
Un contre argument en faveur des élites intellectuelles, est de prévenir certains méfaits du mouvement des élites économiques et politiques qui fut d’encourager l’incompréhension des masses, d’où manipulation , en ce qui concerne les politiques envisagées et les buts qu’ils désiraient d’atteindre après leur élection et arrivée au pouvoir. Pour expliquer cela subtilement, Bourdieu cite Francis Ponge : « c’est alors qu’enseigner l’art de résister aux paroles devient utile, l’art de dire que ce que l’on veut dire. Apprendre a chacun l’art de fonder sa rhétorique est une œuvre du salut publique. » Bourdieu ajoute : « résister aux paroles neutralisées, euphemisées, banalisées, bref a tout ce qui fait la banalité pompeuse de la nouvelle rhétorique […] mais aussi aux paroles rabotées, limées, jusqu’au silence, des notions, résolutions, plates-formes ou programmes. Tout langage qui est le produit du compromis avec les censures, intérieures et extérieures, exerce un effet d’imposition, imposition d’impensé qui décourage la pensée. »
Un argument du discours de Bourdieu qui vient soutenir la théorie précédemment énoncée est que, dit-il, « on s’est trop souvent servi […] du souci démagogique d’être « compris des masses » pour substituer le slogan a l’analyse ». Il y a, a mon sens un double problème qui se dégage de cette analyse in extenso, d’une part d’être compris par les masses mais aussi l’idée que la démagogie politique prétend comprendre les masses en soutenant d’être en accord avec leur besoins, connaître les solutions a leurs problèmes et respectivement a leurs besoins irrésolus, jusqu’alors, par les gouvernements précédents.
La simplification du discours permet de mal comprendre le sens primaire, justement car la simplification peut encourager la mécompréhension du discours. Un discours trop simple, qui prétend s’adresser a un public large, signifie en fait réduire des éléments complexes afin d’attirer l’adhésion d’un public nombreux. Le public à la sensation de comprendre les enjeux (simples) et de donner son vote à un programme (simple en apparence) qui en pratique a des avantages caches pour un nombre réduit d’individus qui sont aussi, d’ailleurs, la source de la démagogie. Bourdieu explique cela : « parce que l’absence de la théorie, d’analyse théorique de la réalité, que couvre le langage d’appareil, enfante des monstres » . Le slogan et l’anathème, ajoute Bourdieu, « conduisent à toutes les formes de terrorisme ». Il explique que l’absence d’analyse (que seuls les intellectuels peuvent faire) il y a plus de chances que le terrorisme et le totalitarisme se déploient. Bien évidemment, l’analyse ne pourra pas anéantir ces formes de déviation sociale et politique, mais en réduire leur effet. Cela va dans l’idée de Bauman qui explique que l’idée de société parfaite, en tant que société qui n’a pas besoin de reformes, reste une illusion, une utopie. Mais les deux auteurs sont d’accord sur le rôle que jouent, et doivent jouer les intellectuels contemporains, sans l’analyse lucide desquels, on ne ferait pas face aux défis lancés par la société actuelle.

Comme on a pu saisir dans ce qui précède, la ligne entre la culture et la politique reste très fine. La sociologie a un rôle important surtout au niveau de l’analyse des mutations socioculturelles mais aussi au niveau des intérêts politiques et économiques qui sont les fondements de telles mutations.

La remise en question des études a défaut. Les études importantes des intellectuels contemporains s’adressent à un nombre restreint de personnes, donc à un public réduit. Il n’est pas facile d’accéder à de telles œuvres malgré les innombrables possibilités d’accès à la culture et à la littérature académique. Cela s’explique par le fait que ces auteurs ne sont pas assez connus en dehors du monde académique, de spécialité, mais aussi par le fait que leurs écrits sont très scientifiques, le langage très complexe, l’utilisation de paradigmes inaccessibles aux lecteurs. Paradoxalement, la simplification s’impose. Pour saisir correctement le sens des propos de l’auteur, il n’y a, malheureusement, que lui, qui pourrait l’expliquer. Comme le suggère Bourdieu, les textes de ce genre sont prédisposes a une mauvaise lecture et par conséquent a une mauvaise compréhension, malgré les signes qui suggéreraient certaines nuances. Ces écrits ont cependant, la qualité d’exprimer exactement ce que l’auteur souhaite transmettre. Libérés de toute (auto) censure, ces textes ont le mérite d’être une analyse sincère de l’état des choses. On peut donc, tout a fait, faire abstraction de l’appartenance a un courant ou d’un potentiel parti prix, sans dire pour autant que cela ne soit pas relevant a la lecture, et aller dans la profondeur de la pensée de cet auteur et distinguer clairement les signaux d’alarme concernant phénomènes sociaux, économiques, politiques, culturels, etc.
A l’autre extrême, les discours qui se veulent simples et attrape audience, cachent des sous-entendus perceptibles parmi les intellectuels et les personnes qui ont un niveau d’érudition supérieur a la moyenne mais sont saisis par le grand public comme un effort de communication afin d’être compris. On peut justifier alors le danger de croire avoir tout compris en ce qui concerne les discours politiques. Tout comprendre peut tout a fait dire qu’on n’ait rien compris du tout. Mais il faut comprendre cela avant de se détromper. Un travail qui peut se faire en retard grâce a l’habileté des intellectuels.

Donc on ne peut pas atteindre une uniformité culturelle comme elle est impossible au niveau économique. Il a des engrenages bien établis qui font que ces domaines : culture, politique, économie, soient indissociables. Pendant ce temps les spécialistes dans le domaine de la politique, ceux du monde économique et ceux du domaine culturel, ont rarement de l’expertise dans l’un ou les deux autres domaines. Et comme les domaines politique et économique sont considérablement plus forts, celui culturel reste avec un bémol à l’arrière plan des politiques nationales. L’avantage de la culture est qu’elle réussit à percer les frontières nationales. On peut citer plusieurs exemples : la musique, la littérature, l’art plastique, etc.

Culture et sentiment d’appartenance a un même groupe.

La culture est le produit d’un sentiment, celui d’appartenance a une communauté. Les manifestations de la culture sont très nombreuses et peuvent, comme on l’a déjà dit, dépasser les frontières nationales. Le sentiment d’appartenance à une société donnée où, a un groupe d’individus permet la réalisation mais aussi la compréhension de l’acte artistique. On fait usage des valeurs communes afin d’exprimer est de se faire comprendre dans l’ouvrage artistique. Et la culture ne se réduit pas seulement à une seule manifestation artistique.
La culture peut être un facteur d’explication du monde social.

Mémoire- Mémoire collective- Oubli- Ignorance

La mémoire individuelle tout comme la mémoire collective sont imprégnées de passe et des fragments d’événements passes, qui nous hantent. La mémoire collective est, selon l’historien Pierre Nora « le souvenir ou l’ensemble de souvenirs, conscients ou non, d’une expérience vécue et/ou mythifiée par une collectivité vivante de l’identité de laquelle le sentiment du passé fait partie intégrante ».
Quelle est la valeur de cette mémoire ? Est-ce qu’on essaye de préserver cette mémoire collective ou tout au contraire la morceler en fragments qui nous conviennent en les utilisant séparément comme dans un puzzle qui n’a plus de sens comme entier?
Est-ce que la mémoire collective est un puzzle dont les pièces n’ont une valeur que mis ensemble ou c’est plutôt un collage de souvenir flous et modifiés, transformés en mythes et jettes dans le présent, sous des formes diverses?

On peut parler de ce qui nous convient, car la mémoire individuelle peut être et l’est sûrement sélective. Si Hugo faisait appel au « mémento » et d’autres intellectuels comme lui le font ainsi, les élites politiques usent de la mémoire collective pour un certain nombre d’événements qui sont censés participer a des fins immédiates et qui ne resteront elles-mêmes pas dans la mémoire collective : les élections, les discours, les entretiens télévisés. On se rappellera sans doute plus des propos des intellectuels comme Raymond Aron (Spectateur engage : Raymond Aron, dans L’Opium des intellectuels (1955), pose cette question du rôle du savant dans la cité, et concernant les grands débats du moment. Pour Aron, l’intellectuel est un « créateur d’idées » et doit être un « spectateur engagé ».), Emile Zola (dans les débuts de l’intellectualisme avec l’Affaire Dreyfus), Victor Hugo (dans Les Châtiments) :
« Ces coquins vils qui font de la France une Chine,
On entendra mon fouet claquer sur leur échine.
Ils chantent : Te Deum, je crierai : Memento !
Je fouaillerai les gens, les faits, les noms, les titres,
Porte-sabres et porte-mitres ;
Je les tiens dans mon vers comme dans un étau.
On verra choir surplis, épaulettes, bréviaires,
Et César, sous mes étrivières,
Se sauver, troussant son manteau !»
(Les Châtiments, Livre I – La Société est sauvée)
… plutôt que la déclaration d’un candidat aux présidentielles voire du président. Quoi que la fameuse exclamation « casse toi pauvre con ! » restera gravée dans la mémoire de la génération qui a pu écouter cela à la télévision ou sur l’internet. D’ailleurs la différence peut être notée dans la qualité du discours, la profondeur des propos et dans la relation entre ces derniers et une finalité ultime. Un spectateur même si on peut relier cela au domaine artistique, cinéma, théâtre, concerts, se sent souvent implique dans l’acte auquel il assiste. Lorsque qu’être spectateur (passif) implique plus que jeter un regard critique sur une œuvre d’art ou sur une activité quelconque et se déplace vers la scène politique et sociale cette action passive peut se transformer en quelque chose de beaucoup plus signifiant. Le passage du spectateur passif à celui actif est un choix à faire pour la plupart de la population. Lorsqu’on parle d’intellectuels cette implication devient impérative. L’intellectuel traditionnel ainsi que celui moderne gardent en commun un élément important : ils sont des spectateurs engagés.

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