Ou est Charlie? Un autre regard sur les évènements du 7 janvier 2015

 

Depuis que j’ai fait connaissance avec la culture française, l’une des plus fréquentes questions de mon enfance était « Ou est Charlie ». Il n’y a rien à ajouter là-dessus car tous ceux qui savent ce que je veux dire, se sentent concernés par ce qui s’est passe au début de cette année et bien évidemment, réfléchissent aux conséquences qui s’en suivent. Chacun a son point de vue sur comment saisir ce qui s’est passe. Certains éprouvent de la peine, de la nostalgie, d’autres sont plus pragmatiques et réfléchissent aux conséquences et à l’impact que cette tragédie a et aura sur la France et les français. Le monde entier parle et il y a déjà un clash entre les opinions gratuites de tout le monde mais il y a aussi un consensus sur un fait important : les journalistes de Charlie Hebdo ne méritaient pas et ne devaient pas être tues pour la liberté d’expression artistique même si elle touchait souvent des sujets chauds. Tout simplement : on ne tue pas quelqu’un pour un dessin, un livre, une chanson. On ne tue pas au nom d’autrui dieu ou mortel pour penser et sentir et se manifester différemment. On ne tue pas pour des idéaux, des critiques, du journalisme. On ne tue pas, tout court car tuer, pour toute et n’importe quelle religion que je connaisse est un pêcher. On ne se fait pas justice avec les armes car, voyez-vous, cela signifie perpétuer l’injustice, multiplier les victimes, la souffrance et la haine.

J’ai pris du temps à écrire ce message car j’ai voulu entendre les voix des français mais aussi des étrangers, tous choqués en égale mesure par cette atrocité. Car, voyez-vous, le monde entier est secoué lorsque des êtres vivants sont exécutés. Le monde entier est trouble lorsque des individus prennent des armes et se font justice avec des balles. Le monde entier vibre lorsque des gens qui commençaient tranquillement leur journée se font tuer à sang-froid. Dans la mort il n’y a pas de discrimination car la mort non naturelle de quelqu’un est d’autant plus choquante. Il y a une famille qui attend son fils, son frère, son mari, son père a la maison et tout à coup, on ne comprend plus rien. On apprend à la télé que celui qui vient de fermer la porte de la maison, a fait ce geste pour la dernière fois. Quels furent les derniers mots prononces ? Lui ai-je dit « je t’aime » ? Le savait-il ?

Pensez aux familles de victimes chères lecteurs. Pensez à leur drame, à leur peine, à leur choc. Pensez aux dernières minutes de vie de ceux qui sont morts, à leurs émotions, sentiments, pensées.

Mettez-vous à leur place quelques secondes et imaginez, faites cet effort d’imagination, afin de comprendre mieux, peut-être, le cœur du problème.

Ce qui s’est passe n’est pas justice pour les criminels et injustice pour les victimes. C’est un massacre, un crime, ce n’est même pas une vie pour une autre, de l’auto-défense. Non. C’est cruel, c’est sanglant, c’est criminel, c’est atroce et effroyable… c’est INHUMAIN.

La France a perdu encore une couche de son innocence face à cette réalité. La France a perdu des artistes, des journalistes, des hommes qui faisaient histoire avec leur talent. Une page de l’histoire a été arrachée pour en coller une autre qui ne fait pas partie du contexte, une farce qui met en question les raisons de son existence dans le livre nommé France… seulement que c’est un cauchemar devenu réalité.

Débats et questionnements :

Premier constat : la France n’est pas un pays politiquement correct. Les gens font semblant lorsqu’ils sont en dehors de leur maison mais ils pensent ce qu’ils pensent. Certains par contre s’expriment ouvertement. Parmi les méfiants il y a des voix qui disent des vérités qui blessent parce que les gens sont habitues à valser parmi les mots, à jouer à cache-cache avec les idées, les croyances, les vérités.

Qu’elle le veuille ou non la France a des problèmes et elle évite à les regarder en face.

La France est multiculturelle et ouverte mais elle a aussi sa propre identité. Certains font une erreur fondamentale en assimilant l’identité de la France au multiculturalisme.  Certes les deux sont composes de choix collectifs construits au fil de l’histoire mais l’identité du pays se trouve dans le sang, l’âme et l’esprit des français. Le multiculturalisme est une construction. On ne choisit pas d’être ne français mais on choisit d’épouser une personne d’une autre culture. On ne choisit pas d’apprendre la Marseillaise en étant enfant mais on choisit  de partager son repas avec un ami. On ne choisit pas de prononcer les premiers mots  en français mais on choisit d’apprendre d’autres langues aussi. Par contre on choisit d’être patriote ou de se cacher derrière des constructions idéologiques perpétuées par d’autres (je me demande à quoi elles servent ?).

Je pense que lorsqu’on aime son pays on en est fier et on souhaite partager sa culture, ses valeurs, son histoire. Lorsqu’on aime son pays on fait de son mieux pour préserver son héritage… enfin, je suppose, nous ne sommes pas tous pareil finalement.

Je pense aussi que lorsqu’on est étranger et on choisit d’aller vivre dans un autre pays, on est conscient du choix que l’on fait et on accepte les règles du jeu, les règles de conduite et tout ce qui va avec l’implantation dans un autre pays avec une autre culture et d’autres principes de vie en commun. On ne peut pas venir de notre pays et dicter à nos voisins nos manières, imposer notre personnalité, l’obliger à être témoin de nos croyances et notre propre culture. On ne peut que s’adapter en se faisant adopter par ce pays et partager une partie de nous avec ceux qui souhaitent découvrir davantage.

Je pense aussi que la France a tenu sa part de promesse par rapport à la majorité des nouveaux venus, mais les nouveaux venus ont-ils réellement compris et accepte les termes de leur contrat avec le pays d’accueil ?

Tout ce qui s’est passé le 7 janvier 2015 est tellement absurde et réel qu’il faut être aveugle pour ne pas comprendre ce qui se trouve en dessous de cette image sanglante.

Ce que nous comprenons de l’extérieur est que la France considère la liberté d’expression comme une valeur fondamentale et inaliénable, un droit essentiel de la démocratie. Quelle coïncidence nous aussi ! Mais n’oublions pas qu’une part des français agissent au nom de cette liberté et profitent de cette liberté car elle leur appartient et d’autres font semblant. Ceux qui font semblant n’ont rien à craindre, ils ne vont pas se faire tuer. Mais que faire de ceux qui expriment leurs vérités qui dérangent ? La France dit que tous les français sont égaux en droits donc je conclue que même les ainsi dits « hérétiques » ont le droit de communiquer. Par contre je n’ai jamais lu le droit à s’exprimer par des balles…

La France n’est pas un Pays païen, les milliers de cathédrales témoignent cela y compris l’orientation religieuse et spirituelle de ce pays, même si maintenant la France se déclare laïque.  Les français ont renoncé à leurs croix pour que les musulmans renoncent à leur hidjab (en public). Mais cela n’est pas arrivé. Qui fait la loi ? Qui l’applique ? Que fait-on de ceux qui ne l’appliquent pas ? Je pense que la croyance est comme le sexe, cela doit se manifester en prive car c’est personnel et intime. Multi culturalisme oui mais individualité aussi. Multi culturalisme oui mais loi aussi. Multi culturalisme oui mais identité nationale aussi. Quand il y a un clash de civilisations et les lois en place ne sont pas respectées nous devenons témoins involontaires de tragédies.

Le 7 janvier 2015 des droits fondamentaux français et démocratiques ont été piétinés : le droit à l’expression, le droit à la liberté et le droit à la Vie !

Les français disent que c’est abominable, les français expriment des évidences mais tournent autour du pot car ils ont peur des représailles, non pas celles de la loi française mais celles venues de la part d’individus qui ont pris le pouvoir par la force et décident du destin d’autres individus au nom de quelque chose qui ne fait pas partie de l’identité française.

Comment sommes-nous arrives à ce point ? Pourquoi ? Comment réagir ?

La solidarité que nous manifestons pour les victimes de Charlie Hebdo et pour leur famille ainsi que pour les policiers disparus ne veut rien dire si derrière tout cela il n’y a pas un Etat fort qui trouve des solutions pour que cela n’arrive plus jamais. Si l’Etat ne fait rien, le sang de ces magnifiques êtres humains aurait coule pour rien. C’est cela qui nous fait froid dans le dos, savoir que l’Etat qui est censé garantir les droits qu’il prêche, est incapable de soutenir ses sermons en passant à l’action.

Sur ce point je suis d’accord avec ceux qui disent que les 12 morts du 7 janvier et les autres qui ont suivi ne sont pas les seules victimes.

Nous ne sommes pas tous Charlie, peut-être, mais nous sommes tous des êtres humains et ce n’est pas à un individu de décider de notre vie ou de notre mort.

 

Condoléances aux familles, condoléances à la famille de journalistes qui a perdu ses confrères, condoléances au monde de la culture, condoléances à ma douce France qui pleure ses enfants et est incapable de voir ses erreurs.

 

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